Ville de Schiltigheim
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Loisirs

8 mai

Discours de Mme la Maire

 

Chers concitoyennes, chers concitoyens,

 

Le 8 mai 1945, il y a 73 ans, les armes se sont tues, mettant fin à la 2e guerre mondiale qui a fait des millions de victimes, dont les 36 Schilikois.

Leurs noms sont gravés sur cette stèle, inaugurée en novembre 2009.

Située au coeur de la ville, au Parc de la Résistance, elle a malheureusement souffert depuis quelques années de désaffection, au point d'être endommagée.

 

Si j'ai tenu à faire la première cérémonie officielle de mon mandat devant ce monument de la Résistance, en présence d'éminents témoins c'est :

pour poursuivre une oeuvre de mémoire, toujours nécessaire contre la barbarie, en hommage à ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie  pour notre liberté, en hommage à ceux qui ont été victimes de la barbarie nazie.

pour affirmer les valeurs qui nous fondent, nous unissent  et nous permettent de vivre en démocratie

pour assurer le relais avec les jeunes et transmettre cet héritage dans la paix, la solidarité et le respect de l'Autre.

 

I- Nous devons poursuivre une oeuvre de mémoire

avec la présence tutélaire de nos 2 témoins Schilikois, Pela Simon, la soeur d'Alphonse Adam, de Georges Embser, initiateur de ce monument, avec le Praf-Gera résistant dès l'âge de 15 ans et combattant pour la libération de Royan et de Madame Hinker, témoininlassable auprès des collégiens.

  

Qui sont les 36 citoyens de Schiltigheim dont les noms sont sortis de l'ombre et parfois de l'oubli ?

 

Ces 19 jeunes hommes, pour la plupart, torturés, assassinés, fusillés, dont les vies se sont achevées dans les prisons de Strasbourg ou dans les camps de Schirmeck, de Dachau ou du Struthof, parfois dans des maquis, qu'ils fussent chrétiens comme Antoine Adam ou communistes, comme Georges Wodli.

Ces 9 réfugiés schilikois, familles, parents et jeunes enfants, massacrés avec la population d'Oradour-sur-Glane le 10 juin 44, par la division "das Reich", les Bergmann, les Kanzler, et les Neumeyer.

Ces 8 déportés juifs, identifiés par des numéros de convois, partis de Drancy pour être exterminés à Auschwitz, les familles Kahn, Wertheimer, dont la petite Rachel n'avait que 5 ans !

Et toutes les personnes dont on a éradiqué le nom même.

 

Les noms de ces victimes, inscrites au coeur de la ville, au Parc de la Résistance, nous obligent, parce que ces héros ont fait le sacrifice de leurs jeunes vies pour la liberté dont nous jouissons aujourd'hui.

Que toutes ces victimes, celles d'Oradour et d'Auschwitz, nous rappellent aussi l'horreur et la démesure de la barbarie nazie, et qu'elles nous incitent à la vigilance à lutter contre toute forme  d'exclusion, de racisme et d'antisémitisme, contre toute résurgence de violence et fanatisme qui mènent à la haine, aux ruptures, à la barbarie, et à la guerre.

Toutes les victimes, car nous associons à ce devoir de mémoire, des milliers d'Alsaciens et parmi eux les quelques trois cents Schillikois qui ont dû porter l'uniforme allemand malgré eux, et subir l'horrible drame de l'incorporation de force.
Dans le Dictionnaire des Fusillés, publié par le Maîtron, nombreux sont les Alsaciens-Mosellans incorporés de force, exécutés (et parfois sans jugement) pour désertion ou menées antinationales. Leur exemple confirme la brutalité injuste de l'Incorporation et le crime contre l'humanité.

 

Toutes les victimes, car notre mémoire s'attarde aussi sur les femmes," les Malgré elles ", subissant les cadences d'une usine d'armement ou les horreurs d'un Lebensborn.

Et toutes ces femmes, mères, épouses, jeunes filles qui ont vu partir leurs hommes, sans malheureusement les voir revenir (ou dans quel état !). Le courage et la douleur de toutes ces femmes fut néanmoins le ciment des lendemains de Libération dans les foyers dévastés .

 

"Ces noms qui nous sont chers sont un message. Ils conservent pour nous et nos enfants, un peu du souffle et de l'élan de ceux qui les portaient" disait Raymond Aubrac, en inaugurant ce monument le 22 novembre 2009.

 

II – Si nous nous retrouvons ici aujourd’hui, c'est aussi pour affirmer les valeurs qu'ils nous ont transmises et qui nous fondent, nous unissent dans le respect de la démocratie : liberté, égalité, fraternité.

 

La liberté de penser, d'écrire, de choisir et d'exercer un métier, de voter pour ou contre, la liberté de vivre en démocratie, comme citoyens responsables et engagés pour le bien commun, parce que d'autres avant nous ont fait le sacrifice de leur vie et se sont battus contre l'intolérance.

L'égalité de tous devant la loi, pour l'accès au savoir et à la culture, sans discrimination religieuse, politique, sociale  ou de sexe.

La fraternité et la solidarité, entre ceux qui ont connu des épreuves et ceux qui vivent aujourd'hui dans des contextes parfois de guerre, d'exil et d'exclusion.

Ce sont là les fondements mêmes de notre République.

 

Ajoutons la Paix, que nous connaissons depuis 73 ans chez nous, celle qui conditionne l'exercice de la démocratie, économique, sociale et culturelle, conformément à l'Appel collectif des résistants de la première heure, qui enjoint les jeunes générations à faire vivre et transmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels".

 

III- Si nous nous retrouvons ici aujourd’hui, c'est en effet pour assurer le relais avec la jeunesse, dans la transmission de l'héritage du passé, avec exigence et rigueur. 

Exorcisons ensemble les démons du doute, du complot, de la fatalité, sources d'indifférence et d'impuissance.

Proscrivons les fanatismes et les radicalismes, révélateurs des pertes de repères et de valeurs.

Trouvons ou retrouvons le sens de l'Histoire et réinventons la citoyenneté au sein de la cité.

Enfin, cultivons la concorde, la compréhension mutuelle et poursuivons ce dialogue engagé depuis près de 70 ans avec l'Allemagne en particulier au point qu'une artiste allemande, Barbara Jäger signe ce monument de la Résistance. Quel beau symbole ! Merci Barbara d’être avec nous ce matin. Danke Barbara, heute mit uns zu sein !

 

C'est dans le souvenir respectueux de ces femmes et de ces hommes, dont les noms sont gravés sur des plaques de verre, transparentes comme le ciel, au milieu des rouges pétales tombées, ces noms parfois arrachés à l'oubli, c'est dans la transmission des valeurs qu'ils nous ont léguées que nous assurerons ensemble la cohésion de notre cité et le respect de la dignité des Hommes.

 

Car "les ressorts profonds de notre peuple sont intacts et prêts à rebondir", nous promet Marc Bloch, héros et martyr de la Résistance, l'auteur de "l'Etrange Défaite", de qui le Lycée de Bischheim a l'honneur de porter le nom.

 

Merci à tous pour votre présence, écoute, silence en hommage à toutes les victimes de la 2ème guerre mondiale.

 

Nous n’oublions pas !

 

Danielle DAMBACH

Maire de Schiltigheim

Conseillère à l'Eurométropole de Strasbourg


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